La pluie est revenue -ce que nous voulons croire, non nous n'apprenons rien- elle a fait rouir le lin séché que ramassent d'étranges engins, l'herbe en paillasson n'en est pas à reverdir, mais les feuilles flapies des arbres épuisés ont repris quelque allure -celles du moins qui n'étaient pas encore tombées. Les pommes, nous n'en croquerons guère; restent les poires, les williams rouges sont des tenaces, quant aux coings ils sont rares et rabougris. Marcher en août sur un tapis de feuilles mortes, un sentiment de cimetière, tant de chênes morts en Bourgogne... Ici les bouleaux ont souffert et beaucoup lancent des branches grillées dans le vent qui les fit rôtir, les noisetiers n'ont rien donné -que mangera l'écureuil roux qui nous dévalisait d'ordinaire? Il faut s'adapter nous dit-on -on est un con, rien de nouveau dans ce domaine- des trissotins susurrent leur chant de résilience, les techniciens vendent des climatiseurs, et les pépiniéristes font l'article pour les amandiers en Normandie, on y plante la vigne qu'on arrache ailleurs. Rien ne reviendra cependant de ce qui fit nos paysages, nos images, l'imaginaire même dont nous avons peuplé nos rêves. Et quand bien-même nous survivrions, notre monde, même reverdissant sous l'averse, disparaît sous les coups des prédateurs qui songent à vivre sur mars à qui nous souhaitons bon voyage, comme jadis à Dumollet.
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