Le ciel a tonné ce matin, versant une pluie lourde sur la croûte du sol, terre cuite où elle ruisselle. Nous espérons qu'elle atteigne la mare réduite à un bénitier où les grenouilles prient pour l'élargissement de leur domaine. On a cueilli quelques mirabelles d'un vieil arbre qui n'avait rien donné ces dernières années, sauvé les rares quetsches à n'avoir pas chu avant terme, pas de quoi faire des confitures, mais une tarte, un crumble qu'on aura soin de parfumer d'une étoile de badiane (je réserve la cannelle à l'automne des pommes). Les mûres sont minuscules, comme confites, du sucre sans jus, qu'en faire? Les grappes de la vigne ensauvagée, déjà mûres, pendent des branches d'un laurier palme. Il faudrait aller chercher l'escabeau, mais il pleut trop, je glisserais (à ces précautions, à ces renoncements, je sais le vieillard que je suis devenu). Deux tourterelles sur le portail, roucoulent chaque matin et ne s'envolent plus lorsque j'ouvre les volets. Elles n'ont même plus peur des chats qui semblent avoir renoncé -ruse ou fatigue, je ne sais. On dirait que la vie revient, c'est peut-être vrai, mais trop d'arbres ont morts en dépit de nos soins, la pluie qui régénère ici se fait grêle un peu plus loin, ce n'est pas la vie d'avant, c'est une vie dégradée, fragile, et nous mêmes sommes épuisés.
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