Le ciel a tonné ce matin, versant une pluie lourde sur la croûte du sol, terre cuite où elle ruisselle. Nous espérons qu'elle atteigne la mare réduite à un bénitier où les grenouilles prient pour l'élargissement de leur domaine. On a cueilli quelques mirabelles d'un vieil arbre qui n'avait rien donné ces dernières années, sauvé les rares quetsches à n'avoir pas chu avant terme, pas de quoi faire des confitures, mais une tarte, un crumble qu'on aura soin de parfumer d'une étoile de badiane (je réserve la cannelle à l'automne des pommes). Les mûres sont minuscules, comme confites, du sucre sans jus, qu'en faire? Les grappes de la vigne ensauvagée, déjà mûres, pendent des branches d'un laurier palme. Il faudrait aller chercher l'escabeau, mais il pleut trop, je glisserais (à ces précautions, à ces renoncements, je sais le vieillard que je suis devenu). Deux tourterelles sur le portail, roucoulent chaque matin et ne s'envolent plus lorsque j'ouvre les volets. Elles n'ont même plus peur des chats qui semblent avoir renoncé -ruse ou fatigue, je ne sais. On dirait que la vie revient, c'est peut-être vrai, mais trop d'arbres ont morts en dépit de nos soins, la pluie qui régénère ici se fait grêle un peu plus loin, ce n'est pas la vie d'avant, c'est une vie dégradée, fragile, et nous mêmes sommes épuisés.
Le ravaudeur n'a pas collecté toutes les pièces du puzzle. Le ravaudeur ravaude, j'entends par là qu'entre les morceaux de sa peine il suture, et que suturant il renonce à l'unité de ce qu'il rassemble et sa tâche c'est de faire tenir ensemble, et son travail un manteau d'Arlequin.
vendredi 28 août 2026
jeudi 20 août 2026
Gouttes de pluie sur feuilles mortes
La pluie est revenue -ce que nous voulons croire, non nous n'apprenons rien- elle a fait rouir le lin séché que ramassent d'étranges engins, l'herbe en paillasson n'en est pas à reverdir, mais les feuilles flapies des arbres épuisés ont repris quelque allure -celles du moins qui n'étaient pas encore tombées. Les pommes, nous n'en croquerons guère; restent les poires, les williams rouges sont des tenaces, quant aux coings ils sont rares et rabougris. Marcher en août sur un tapis de feuilles mortes, un sentiment de cimetière, tant de chênes morts en Bourgogne... Ici les bouleaux ont souffert et beaucoup lancent des branches grillées dans le vent qui les fit rôtir, les noisetiers n'ont rien donné -que mangera l'écureuil roux qui nous dévalisait d'ordinaire? Il faut s'adapter nous dit-on -on est un con, rien de nouveau dans ce domaine- des trissotins susurrent leur chant de résilience, les techniciens vendent des climatiseurs, et les pépiniéristes font l'article pour les amandiers en Normandie, on y plante la vigne qu'on arrache ailleurs. Rien ne reviendra cependant de ce qui fit nos paysages, nos images, l'imaginaire même dont nous avons peuplé nos rêves. Et quand bien-même nous survivrions, notre monde, même reverdissant sous l'averse, disparaît sous les coups des prédateurs qui songent à vivre sur mars à qui nous souhaitons bon voyage, comme jadis à Dumollet.
vendredi 7 août 2026
Cinquième canicule
On arrose, soir ou matin c'est selon, les plantations que le vent brûle -les doctes, sur les ondes, parlent de l'effet sèche-cheveux, soit. Toujours est-il que les feuilles se racornissent, que les fruits tombent -quetsches de la taille d'une olive, pommes aux faux airs d'amour en cage - quant aux fleurs elles sont rares et naines, jusqu'aux roses qui se rabougrissent et changent de couleur. La mare serait à sec si on n'y avait pas versé une partie de l'eau de la citerne, et il faudra recommencer, il en va de la douzaine de reinettes vertes qui se laissent admirer, et des oiseaux qui viennent y boire. La grenouille agile préfère le plant d'hysope qui déborde de son bac, saute d'une tige à l'autre, revigorée par la fraîcheur. On les regarde, on voudrait mieux les protéger. Nous n'avons pas encore désespéré du jardin, du bocage et des bêtes, des hêtres de Brotonne qui n'en ont plus pour très longtemps. Nos paysages nos joies d'enfants, branches de noisetiers coupées pour faire des arcs, chemins creux verts comme le cresson des sources, les bractées du tilleul pour rêver qui de parachute, qui d'hélicoptère, tout un monde vraiment qui va disparaissant.