La Grande Vallée XIV (For a Little While)

La Grande Vallée XIV (For a Little While)
Joan Mitchell, 1983

vendredi 7 août 2026

Cinquième canicule

On arrose, soir ou matin c'est selon, les plantations que le vent brûle -les doctes, sur les ondes, parlent de l'effet sèche-cheveux, soit. Toujours est-il que les feuilles se racornissent, que les fruits tombent -quetsches de la taille d'une olive, pommes aux faux airs d'amour en cage - quant aux fleurs elles sont rares et naines, jusqu'aux roses qui se rabougrissent  et changent de couleur. La mare serait à sec si on n'y avait pas versé une partie de l'eau de la citerne, et il faudra recommencer, il en va de la douzaine de reinettes vertes qui se laissent admirer, et des oiseaux qui viennent y boire. La grenouille agile préfère le plant d'hysope qui déborde de son bac, saute d'une tige à l'autre, revigorée par la fraîcheur. On les regarde, on voudrait mieux les protéger. Nous n'avons pas encore désespéré du jardin, du bocage et des bêtes, des hêtres de Brotonne qui n'en ont plus pour très longtemps. Nos paysages nos joies d'enfants, branches de noisetiers coupées pour faire des arcs, chemins creux verts comme le cresson des sources, les bractées du tilleuls pour rêver qui de parachute, qui d'hélicoptère, tout un monde vraiment qui va disparaissant.