Voici venu le temps des cueillettes et des surprises car toujours l'incertain vibre au bout des tiges, sous le vent pas si doux de juin en Normandie: nous espérions mieux des cerisiers, sans doute, mais nous savons ce qu'il en coûte pour entendre le chant des grives et les merles se moquer. C'est à ce prix aussi qu'ils laissent nos groseillers tranquilles qui croulent de baies rouges -certaines branches en ont cassé. Les framboisiers ont perdu la guerre des haies contre les charmes qui les étouffent, peu de fruits de ce côté hors les framboises jaunes qui prospèrent sous les vieux pruniers. Les fraises des bois mouchettent le parterre, je les mange sur place, j'ai de nouveau six ans, un monde de saveurs s'ouvre à la bouche surprise du fruit fondant. Les groseilles à maquereaux, exquises et rares, vaudront qu'on se pique les doigts qui noirciront, mais c'est pour un peu plus tard, à détacher les grappes de cassis. Les myrtilliers survivent, mais notre terre leur est rude, ils ne donnent rien qu'on puisse considérer, nous avons meilleur temps avec les mûriers qui croulent de baies à venir et menacent de tout submerger alors que l'an passé, nous n'aurions guère misé sur eux… On cueille déjà, on s'apprête à cueillir plus encore, à nettoyer les pots de confiture, sortir le moulin à coulis, saison bénie dont nous sommes les enfants barbouillés de jadis.
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