Tal Coat, Ponctué,1972

Tal Coat, Ponctué,1972
Tal Coat, Ponctué, 1972

mercredi 31 décembre 2014

Vision d'après le phare

Ma vision je l'ai eue dit-elle, d'un trait brun d'aquarelle, ma vision, j'ai eu ma vision, et qu'importent la fin du tableau, les heures d'indécision, les yeux plissés à scruter l'invisible, qu'importent ma virginité fanée et les amours que je n'ai pas vécues. Sur nos plages changeantes, par la maison venteuse il a fallu marcher dans l'ombre des enfants grandis. Combien de crépuscules sans voir le rayon vert, combien de morts dans l'ombre des portes, de visages rongés par l'oubli? Ma vision je l'ai eue cela me justifie dit-elle dans un sourire qui tend son visage froissé de vieille demoiselle, où pleurent, délavés, des yeux d'aquarelle.

dimanche 28 décembre 2014

Polypodes

C'était le soir entre les murs où frémissaient les polypodes et j'ébarbais en les frôlant des plaques de lichen vert-de-gris. Granit de l'enfance, maisons solides de l'ennui, la pluie sur les ardoises, seul bruit des heures d'hiver, la pluie sur les carreaux, sur les volets fermés dès quatre heures et demie. C'était toujours le soir, c'était bientôt la nuit.

jeudi 11 décembre 2014

Les vieilles chéries

Peut-être un jour le souffle court pleureras-tu le sable envolé, la poudre fanée sur les joues vieille rose des pauvres chéries disparues?
Hortensias en chlorose, en vain les ardoises pilées pour bleuir le rose fané des fleurs qu'elles avaient semées, les vieilles chéries moroses?
Peut-être un jour l'idée d'un baiser refusé -un baiser ce n'est pas grand'chose- refusé pour la pause, pour froisser les vieilles chéries dont l'eau de rose nous écœurait, parce que jeunesse est cruauté, qu'elle mord sans cause et sans regret.
Peut-être un jour le souffle court le temps perdu pleureras-tu à ton tour le corps disparu, ces mains tordues d'arthrose, peut-être à ton tour pauvre chose te reviendront les vieilles chéries foutues dont les fleurs décloses ne t'avaient pas ému?