Tal Coat, Ponctué,1972

Tal Coat, Ponctué,1972
Tal Coat, Ponctué, 1972

mercredi 20 avril 2011

Casablanquer 8

Dans Casa son appartement, dans le salon le coin qui lui sert d'accroupissoir les soirs où Casa l'insupporte, lorsque la nuit s'égoutte et qu'il guette ses larmes pour s'autoriser, morne, le calmant qu'il désire : Casa l'a cassé. S'abrutir. La paix. Il rêve de l'aile imbécile, du bonheur des pierres.

dimanche 17 avril 2011

Feue la mitoyenne

Madame M, ma mitoyenne, m’avait accroché dans la rue, des confidences, elle s’était approchée pour me dire de sa voix de Mistinguett, vous savez pas, z-avez pas vu, la vieille en face, la vieille voisine, elle a tué son chien ! – Non ? –Si ! Quand il faisait si froid, elle l’a laissé dehors, trois jours à moins dix, il en a crevé, faut être marteau, faut être pas bien, la vieille en face elle est pas finie, hein ? Mais j’ai porté plainte, ça se passera pas comme ça, j’ai téléphoné à la SPA, il y a eu une enquête, c’est sa fille qui l’a enterré, c’est dégueulasse, on traite pas les chiens comme ça. Mais je lui dirai, à la vieille d’en face, faut pas rester ici, j’vais y faire peur, lui dire, parce que c’est vrai, votre maison, elle est maudite, cinq fois vendue en moins de six ans, le cancer de l’ancienne voisine elle qui n’avait pas quarante ans, votre maison faut la quitter, et le chien mort… je serais vous je déménagerais, ça je vais lui dire !
Elle m’avait mis deux coups de coude, comme à un vieux pote, elle rigolait de sa niche, l’idée de harceler plus vieille qu’elle la réjouissait, harceler de plein droit, pensez ! c’est pas souvent. Et bien-sûr elle ne l'a pas fait.
C'était avant, quand elle trottait, ses cheveux rouges de fille au vent, avant la fracture du col les béquilles, la rééducation. Après ce ne fut plus qu'un trottinement, elle derrière plus que devant. La R 12 sortait moins souvent. Puis ce fut la seconde fracture (elle prenait des bains,forcément! ricana la boulangère).
C'était février, j'étais en vacances. Quand je suis revenu, j'ai su. Le fusil de chasse du compagnon, la décharge de chevrotine (Elle n'aurait plus marché, de toute façon, dixit la boulangère).
Au cimetière, sa tombe, laïque, présente son suicide avec respect: on y lit, touché, l'effort des enfants pour comprendre ma courageuse mitoyenne.

vendredi 8 avril 2011

Chronique 5

Juin ce sera pour plus tard j'entends là
promesse de lin plus bleu que ciel d'estuaire
sables renouvelés que la marée révèle.

J'attends - patience seule leçon qui vaille-
pour bientôt ces soirs sans mesure où l'on verra le rayon vert
- et les yeux de Marie Rivière !-

Pour l'heure, elle est chaude notre heure de mai
heureuse de notre regard
elle nous promet claire comme carafe d'eau
goût de fraise et blancheur au matin quand ta main prend la mienne
et que dort le désir jusqu'au feu de Saint Jean.

Pour l'heure j'ouvre la chambre au vent
j'échange nos odeurs contre l'odeur de l'herbe et de la terre humide
et l'on accepte cet échange et la poussière de mon plancher
théorie d'étoiles domestiques s'envole le matin
étincelle sous le soleil - bientôt juin dit-elle bientôt juin!-

Patience!
Présence.

Et les poussières au vent d'incendier le matin où nous sommes.
Notre regard invente un paysage où n'étant pas,
nous pourrons aller.

dimanche 3 avril 2011

La vue sur les arbres

C’est bien ici, avec la vue sur les arbres. Tu manges à la cuillère ? Ils interdisent les couteaux ? On espère que les arbres, tu les regarderas ployer sous le vent, que tu pourras sortir dans le parc, que tu pourras parler aux gens. On veut que tu mènes une vie normale, une vie presque comme avant. Des mots moins balbutiés, on sait ce que c'est, prends tes médicaments. Un regard avec quelque chose dedans. Un regard qui regarde les arbres, et pas en dedans.