Tal Coat, Ponctué,1972

Tal Coat, Ponctué,1972
Tal Coat, Ponctué, 1972

vendredi 10 septembre 2010

Galets

Ce seront des galets lancés au front des temples. Ce geste qui brise le cercle où s’enfermait l’élan de la pierre, ce geste est mien. Lapidaire dit-on. Lapidaire mon galet sertissant vos fronts.

Ma parole un noyau sans fruit. Une amande plus dure que l’écorce. Que s’y brisent ton appétit, tes dents qui broient et pulpe et chair et jusqu’au pignon des naissances.

Polir n’est pas un geste doux, polir n’est pas de la caresse. Polir pour mieux meurtrir encore. Angles, arrêtes prêtent flanc, offrent ventre à l’autre. Je n’ai rien de tendre à te révéler, pas de terre meuble pour ton soc, pas de foie palpitant que tu puisses brandir hors du sillon tracé par le couteau d’obsidienne qui se brise sur mon galet.

Galets de mes grèves au pied des falaises, leçon de la mer: silex retournés contre la falaise-même; arrondissant les angles, faire s’effondrer les murs.

Mon galet comme un œil tibétain quand le géant titube, mon galet dans le pied d’argile du colosse, mon galet mais aussi ce bivalve fragile (aile d’ange dans les collections d’enfants, dont la salive acide ronge le calcaire, y creuse des galeries qui le minent): physique et chimie d’une violence qui m’exalte, tant en elle, de toutes mes fibres d’animal moderne, je retrouve le chant du monde.

Le chant passe par votre meurtre, par le désir que j’en ai qui me tend tout entier. Je me fous que ce soit bien ou mal, je me fous de crever l’œil de dieu. Je voudrais juste que ce soit bien fait. Que mon sexe excède sa gaine. Que de cette démesure, le monde s’en trouve aspergé. Que mon galet soit si dense et dur, obtenu d’un silex noir déchâssé de la craie de Caux, qu’il se fiche mieux qu’un dard dans l’os du guerrier qui voulait ma mort. Qu’il s’y brise n’importe : il n’est pas de forme parfaite, et pourvu qu’il en reste un éclat dans le crâne du géant, qu’il voyage, traverse ses lobes et lui permette des visions foudroyantes au moment même où il s’effondre.

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